Un avant-goût de nouveauté

4 juillet 2012 18 h 00 min

Elle était là, assise sur les sièges disposés les uns à côté des autres, à observer le tableau des départs. Espagne, Italie, Maroc, New-York, Bali… Que du rêve à la portée de tous ou presque et s’étalant sous ses yeux.

Il suffisait de prendre un avion. Le bonheur vous attendrait à l’atterissage. Il vous accueillerait par un sourire chaleureux quoique commercial et vous inviterait à découvrir les nombreuses activités et découvertes à votre disposition.

Tout paraissait si simple.

Louise, elle, ce qu’elle aimait, c’était venir ici, observer les voyageurs avant leur départ. Leurs expressions, leurs mouvements, leurs attitudes. Décontractés, stressés, enjoués, pressés. Mais par-dessus tout, ce qu’elle affectionnait particulièrement, c’était de contempler les oiseaux mécaniques avant leur envol.

Le dernier passager monté à bord, la lente progression sur la piste de décollage, les monteurs lancés à fond, et l’ascension grandiose, splendide comme un feu d’artifice un soir de 14 Juillet.

Elle ne manquait ces instants pour rien au monde.

D’ailleurs, d’une certaine manière, Louise se reconnaissait en ces beautés permettant de faire le tour du monde : de nature discrète mais possédant un certain charme, la jeune femme se donnait à fond dans ses histoires d’amour…jusqu’à ne plus rien dévoiler. À un moment donné, elle se retrouvait toujours dans la même situation : elle se sentait bloquée, coincée, et alors mettait tout en oeuvre pour que la relation se termine. Et toujours, à son plus grand regret.

Lorsqu’elle venait ici admirer les départs des avions vers de nouveaux pays, elle se sentait frémir et rougir. Elle aussi aurait voulu se sentir capable d’aller plus loin,  vers de nouvelles destinations. Car si Louise était incapable de construire une vraie relation, il en était de même pour les voyages. Elle n’avait jamais pris l’avion de sa vie, ce qu’elle se gardait bien de dire aux employés et personnels de l’aéroport qui la tutoyaient à présent à force de la côtoyer si souvent.

Elle ne pouvait alors s’empêcher de méditer sur son propre sort : quel était donc le boulet qui lui permettait de s’envoler, de rayonner afin d’être heureuse et aimée ?

Elle avait beau réfléchir et se creuser la cervelle, aucune réponse plausible ne lui venait  à l’esprit.

Pourtant, elle en rencontrait des hommes qui venaient la courtiser à coups de roses rouges, d’invitations au théâtre, de lettres enflammées et autres présents dégoûlinant de tendresse. Elle ne pouvait que refuser leurs invitations douces tant qu’elle n’avait pas trouvé de solutions à son problème.

Il devait bien y avoir une explication, songeait-elle comme souvent.

D’ailleurs, en réfléchissant à toutes ces invitations, elle se demandait pourquoi elle avait accepté celle d’Esteban, un jeune commercial qui devait avoir dans la trentaine et qui lui avait gentiment prêté son parapluie, un soir où elle rentrait chez elle sous une pluie battante.

Peut-être était-ce la fatigue, le moral pas forcément au beau fixe, un cocktail chargé en émotions qui lui avait fait dire « oui » au moment où elle s’apprêtait à regagner son domicile et qu’il lui avait poliment demandé  » Me permettriez-vous de vous revoir prochainement ? « .

Elle lui avait alors donné rendez-vous ici en début d’après-midi, dans ce lieu où elle se sentait légère et en confiance.

Consultant fébrilement sa montre, elle pensa à cet instant-là :  » d’ailleurs, il ne devrait plus tarder… ».

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