L’Irlande en temps d’alerte

16 septembre 2012 21 h 18 min

Ils sont nés d’une histoire qui parle de vengeance et de sang. Ils sont nés d’un rêve d’indépendance de liberté. Et dans leurs nuits ils voient danser l’espoir d’un avenir meilleur.

Il est 6h du matin, les rues de Belfast sont vides et les toits des voitures gelés. Yvonne est déjà debout, elle a préparé le déjeuner pour sa sœur et elle s’apprête à enfiler son uniforme, quand on frappe à la porte. Yvonne est habituée. Depuis que la guerre a commencé, les anglais débarquent souvent à l’improviste chez eux. Yvonne sait que son oncle est impliqué dans des affaires un peu louches.

Elle n’a pas le temps de fermer la porte du salon qu’ils sont déjà là, inspectant les lieux comme si elle n’existait pas. Ils ne parlent pas, ils crient, des mots qui n’ont aucun sens.

La maison est en alerte. Sa mère est encore en pyjama en haut de l’escalier, tenant sa sœur dans ses bras. Les matelas sont retournés,  les tiroirs vidés. En l’espace de quelques minutes leur maison ne ressemble plus qu’à un gigantesque champ de bataille. Personne ne dit rien.

Yvonne n’a pas 10 ans qu’elle voudrait déjà pouvoir leur crier au visage qu’ils ne sont que des ordures, qu’ils n’ont rien à faire ici, qu’ici c’est son pays. Mais il y a sa mère et Anna. Et puis il y a ce souvenir avec lequel elles vivent depuis 4 ans, le souvenir de son père torturé et exécuté sous leurs yeux, du sang sur les murs blancs de la maison, des cris de sa mère. Ce souvenir qu’elle porte comme un fardeau et cette idée de vengeance qui grandit à l’intérieur d’elle et qui détruit son futur.

Les anglais sont enfin partis. Sa mère pleure en bas de l’escalier. Elle la prend dans ses bras. Ça ira mieux demain. Même si c’est faux, c’est tout ce qu’elle a en réserve pour aujourd’hui.

Comme tous les matins, elle prend son cartable et sur le seuil de la porte, se retourne encore une fois, priant pour que ce ne soit pas la dernière.

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